[critique] Les fantasmes de la Soumission

Que se passe-t-il quand universitaire spécialiste de Huysmans, qui avait jusqu’alors ignoré le fait politique, se retrouve la queue bien molle après le départ précipité de sa petite amie juive suite à l’élection du candidat de la « Fraternité musulmane » à la tête de l’État français ? Bite en berne et confronté aux changements dans le milieu universitaire français, notre héros va engager une réflexion sur sa vie, marcher dans les pas de Huysmans et, entre deux verres d’alcool, tenter de trouver matière à bander.

Houellebecq a ses fulgurances, surtout lorsqu’il dépeint la faune politico-médiatique, et c’est plaisant. Mais quid du récit ? Houellebecq ne parle jamais vraiment d’Islam ni de politique. Il décrit la mutation bien trop rapide d’une France atone qui semble embrasser passivement des évolutions parfois radicales de son modèle social sans manifester le moindre début d’objection, une France soumise aux décisions des gouvernants auxquels l’élection semble avoir accordé un blanc-seing.

Les mutations apparaissent comme une liste des fantasmes de l’auteur, non pas comme le produit d’une véritable réflexion philosophico-politico-mystique. Le président musulman qui se rêve empereur d’une Europe élargie au pourtour de la Méditerranée ou Bayrou qui incarne l’idiot utile d’une classe politique désœuvrée ne sont que des ornements. Le sujet du récit est ailleurs : notre héros, le mâle intellectuel, réussira-t-il de nouveau à jouir avec l’avènement de ce nouveau modèle sociétal?

Le vrai drame de notre héros réside dans la disparition des minijupes qui le faisaient bander si fort. Heureusement, la polygamie offre une compensation avantageuse pour les mâles intellectuels qui forment le groupe des dominants dans ce nouveau modèle de société patriarcale. L’idée de prendre plusieurs femmes, chacune ayant sa fonction propre, de la plus jeune que l’on baise à la plus vieille qui cuisine, achèvera de convaincre tous ces intellectuels libidineux, entre deux verres d’alcool, qu’il y a bien des avantages à se soumettre.

L’écriture de Houellebecq réjouit par moments mais ne parvient pas à masquer la faiblesse d’un récit caricatural.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s